Questionnaires du grand débat

Il est de multiples domaines scientifiques ou plus largement universitaires où l’analyse de la formulation des questionnements et de son influence sur les réponses que celle-ci induit fait partie de la formation de base. Le parcours rapide du questionnaire du chapitre « fiscalité et dépenses publiques » du « Grand débat » laisse quelque peu perplexe. On ne peut pas imaginer que les rédacteurs de ce questionnaire n’ont pas suivi une de ces formations. Alors comment interpréter l’intitulé de la première question : « Afin de réduire le déficit du service public de la France qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout : … » ? Est-ce qu’une telle formulation ne serait pas une manière de fermer le débat ou plus encore de l’enfermer ? Et que dire des solutions qui sont proposées au choix citoyen à partir de cette question :  « réduire la dépense publique », « augmenter les impôts », « faire les deux en  même temps », « je ne sais pas »? Comment peut-on poser sans la moindre réserve intellectuelle quant à leur validité des formulations comme  « la dépense publique », « les impôts » ? Et ça continue sur le même registre : « afin de baisser les impôts et réduire la dette, quelles dépenses publiques faut-il réduire en priorité? Les dépenses de l’état? les dépenses sociales? les dépenses des collectivités territoriales? je ne sais pas ? » Il manque juste « je ne choisis pas parce que je suis de mauvaise foi et de mauvaise volonté ? » mais c’est parce que ça a échappé au rédacteur dans un moment de distraction… Des rumeurs évoquent un possible « référendum à questions multiples », est-ce que ce QCM du grand débat ne servirait pas de sondage rapide, de tour de chauffe en vue de ce possible référendum et de la formulation de ses questions ? Le pire n’est jamais sûr ? est-ce si sûr ?