Articles

Révolutions

Nous vivons tous le confinement et l’on pourrait au fond se satisfaire de voir celui-ci comme un retrait, un arrêt – ordonné, respecté – du déroulement ordinaire des activités ordinaires, une sorte de parenthèse. Mais est-ce si simple? Si bouleversants que soient ce moment et les conditions dans lesquelles on le vit, est-ce une rupture et d’ailleurs y a-t-il jamais rupture d’un continuum? Est-ce qu’il ne s’agirait pas plutôt d’un infléchissement dont nous aurions à prendre la mesure, à saisir la nature bien particulière. Les débats – de plus en plus vifs à mesure que l’on s’approche du 11 mai – qui portent sur la sortie du confinement – reprendre comme avant ou en profiter pour changer de cap – attestent que cette dimension d’infléchissement est cardinale. Il n’y aurait donc rien d’autre à faire que de foncer pour empêcher de revenir à l’avant et de relayer les arguments et les stratégies qui s’ébauchent. Sans doute cela pourrait constituer une impérieuse nécessité, mais en se positionnant ainsi on fait encore l’impasse sur le présent, sur le vécu, comme si le réel – celui que nous vivons chaque minute de ce confinement – n’existait pas.

Or, des tentatives pour permettre que cette réalité vécue, ressentie, se dise, font réaliser très vite à quel point elle est éloignée de l’appréhension publique du confinement qui a cours et qui s’apparente clairement à des « éléments de langage » – ces filtres à travers lesquels on tente de canaliser à présent toute la réalité. Et cela fonctionne aussi bien de quelque bord que l’on soit :on a symétriquement d’un côté « confinement », « prudence », de l’autre « crise », « révolution » même. Ces éléments de langage, cet focalisation dans l’abord du réel semblent avoir obturé les horizons de pensée avec la même viralité et la même prolixité totalitaire que le covid-19 lui-même, ne laissant plus deviner le moindre espace libre. La capacité de récupération de la machine communicante de nos sociétés est telle que toute pensée indépendante semble ne plus avoir droit de cité et être discréditée dans son principe même. C’est sans doute pour échapper à cette situation que les collapsologues, après avoir constaté que leurs essais établissant des bilans de la crise climatique et sociétale voire leurs tentatives d’esquisser des perspectives étaient phagocytées, réduites par les médias et du coup neutralisés, se sont tournés vers d’autres tentatives. Ils ont tenté – pour rouvrir des champs de penser et d’action – d’imaginer cette fois des scénarios de fiction du futur possible, souhaitable. Ce recours à la fiction comme refuge d’une parole authentique et individuelle est peut-être une voie.

Posons donc que … le confinement n’est pas une parenthèse… que c’est un (autre) morceau de notre vie. Rappelons-nous le à un moment où l’État s’arroge le droit de prétendre que c’est la seule forme possible d’un ordre protecteur – et il l’a été – qui lui appartient seul et où il ne pose comme seule manière de le faire respecter que d’exercer la violence et la contrainte, poussant toute une population à la peur, au suivisme, à la méfiance voire à la délation. Et si on se réveillait pour voir les choses autrement? 1. Nous construisons et nous avons le droit de construire chaque moment de notre vie (y compris notre propre protection par rapport à la pandémie). 2. Rien ni personne ne peut nous ôter cette capacité et cette créativité. 3. Une société est par nature l’ensemble des individus qui la composent, l’ensemble de leurs aspirations et les institutions dont cette société se dote devraient leur accorder un minimum de confiance, écouter ce que chacun dit et respecter ce que chacun fait quand c’est dans le respect des autres. Mais pour que ces 3 postulats (re)prennent vigueur, il faut – condition nécessaire sinon suffisante – que les canaux d’expression personnelle et leur possibilité de modeler la façon de vivre ensemble se (re)créent, se rouvrent. Ouvrons partout où c’est possible – et donc sur ce site aussi – les canaux de ces révolutions – au pluriel – non pas La Révolution, les lendemains qui chantent, etc. mais celles que cette situation nous force à expérimenter, à imaginer, à ébaucher. Ce sont nos pensées et nos façons de vivre souvent bien loin des discours qui prétendent décrire la réalité de cette incroyable période dans laquelle nous sommes entré(e)s depuis des semaines. Trouvons leur des formes d’expression pour qu’elles accèdent à la conscience individuelle et partagée et nous renseignent sur la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui et tel que nous pourrions bien le vouloir demain.

Une première forme possible à ces expressions de nos (petites) révolutions. L’idée est venue avec les responsables du cinéma de VIllers-Cotterêts de projeter en ouverture du prochain mois du documentaire un montage de petits films faits par tout un chacun et qui disent ce que nous vivons en ce moment et ce que cela nous apprend sur ce que nous vivions et ce que nous voulons vivre. Cette idée n’est pas originale. Il y a ici ou là des initiatives assez semblables. De ce que nous avons vu de celles-ci, pourvu que ces récits, ces témoignages soient authentiquement personnels, privés, il en surgit une image inattendue, vivante, de la réalité et des valeurs vives de chacun, loin des cadres perçus comme intangibles, inébranlables qui canalisaient notre regard et notre perception du monde et dont on n’imaginait pas un seul instant qu’ils puissent être bouleversés ne serait-ce qu’un moment. Si vous souhaitez participer à cette manifestation et créer un petit film, une simple séquence témoignage, un simple enregistrement sonore, prenez contact sur l’adresse du collectif (contact@collectif2035.fr) ou sur le mail du cinéma de Villers-Cotterêts.

Conférence du professeur Chateigner sur la méthanisation

Vendredi 21 février 2020, l’association Mieux Vivre à La Ferté Milon et le collectif Les Gazés St Lazare qui s’opposent depuis plusieurs mois à l’implantation d’une unité de méthanisation à 50 mètres des habitations juste à la sortie du bourg de La Ferté Milon ont invité le Professeur Chateigner membre du collectif national des scientifiques pour une méthanisation raisonnée à venir dialoguer avec les milonais et les habitants des environs qui seront impactés par le développement d’unités de méthanisation, par le déploiement de cultures destinées à la méthanisation et par les épandages des résidus du traitement des matières utilisées pour le processus de méthanisation (les digestats).

C’est l’occasion de mieux comprendre les tenants et les aboutissants – au delà de la présentation enjolivée de la communication des méthaniseurs, des porteurs de projets et des politiques qui les soutiennent – d’une politique qui se présente comme vertueuse et respectueuse de l’environnement.

Une coopérative alimentaire et autogérée en gestation à Villers-Cotterêts

A l’initiative des Jardins de la Fontaine Pareuse, une coopérative alimentaire et autogérée est en train de se monter à Villers-Cotterêts. Elle répond au joli nom de Cocori’coop ! C’est une épicerie gérée par ses clients coopérateurs/trices. Ils choisissent eux-mêmes les horaires et les produits, gèrent l’ouverture de la boutique, les stocks, les commandes, les mises en rayon… tout est défini par les coopérateurs eux-mêmes. Les produits sont choisis pour leurs qualités et vendus à prix coûtant. Plus d’informations sont disponibles sur https://framasphere.org/people/d5d9d5902bcd0137864c2a0000053625.

A Haramont l’éducation populaire n’aurait donc pas dit son dernier mot

Les jardins de la Fontaine Pareuse lancent les DIEP (Dimanches Itinérants de l’Éducation Populaire). Ils se dérouleront un dimanche par mois. Ils visent à rassembler, sur des sujets variés, tout le monde afin de se donner, pendant quelques heures, l’occasion de partager ses idées, savoirs, questions et intérêts, ou de venir découvrir sans aucune exigence de connaissance préalables. C’est ouvert à tou·t·es (et gratuit bien sûr).

Pour initier les D.I.E.P, Elodie et Ludovic de la Fontaine Pareuse ont programmé 6 premières soirées (de mai à octobre) : 12 mai : « Émancipation, Autonomie, Autarcie », 9 juin : « Quelques battements d’ailes avec les abeilles », 28 juillet : « Ça tourne! », la vidéo comme vecteur d’émancipation, 25 août :«  J’ m’essaye à » : La Peinture ! 15 septembre : « J’ai rien à cacher » – Usage des données numériques et notre vie privée, 20 octobre : « Nos déchets ménagers ». Mais si l’envie vous prend de proposer une thématique pour la suite, faites le nous savoir, les DIEP sont fait pour ça!

Le premier dimanche, le 12 mai de 17h à 20h, aura lieu au Dôme des Jardins de la Fontaine Pareuse à Haramont autour du thème :Émancipation, autonomie, autarcie.
S’éclairer, se nourrir, faire chauffer de l’eau, ouvrir une porte… nous n’avons jamais été aussi dépendants pour réaliser des gestes aussi simples. Dépendants des systèmes machiniques et de ceux qui les font fonctionner, mais aussi du système marchand devenu lui-même incontrôlable.Comment s’émanciper dans de telles conditions ?  Déserter, rompre le rang, se retirer, devenir, autarcique : est-ce souhaitable quand bien même ce serait possible?  Comment devenir autonome sans se couper du monde ? La réflexion animée par Cyril Legrand.

Un centre de méthanisation à La-Ferté-Milon ?

Un projet de création d’une unité de méthanisation est en cours à La Ferté Milon dans l’espace attenant à l’endiverie, rue Saint-Lazare. Le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables est une nécessité qui n’est plus à argumenter. Mais comme on le sait « le diable est dans les détails » et quand il y a problème, c’est la plupart du temps dans la manière dont certains de ces projets – souhaitables en soi, qu’il s’agisse d’éoliennes, de panneaux solaires ou de méthaniseurs – sont menés. La création du Collectif National Vigilance Méthanisation et les travaux du Conseil Scientifique National pour une Méthanisation raisonnée en sont le signe et la manifestation de la nécessaire organisation d’une réaction face à ces projets. Le projet de la Ferté Milon pose un problème du fait de la proximité des habitations. Bien sûr la distance légale d’une telle installation par rapport aux habitations est légalement de 50 mètres – et l’habitation la plus proche se trouvera à … 53 mètres – mais est-ce que cela retire quelque chose aux problèmes que l’implantation de cette unité de méthanisation va poser aux riverains et est-ce que l’implantation de méthaniseurs en ville est un choix cohérent en termes d’aménagement du territoire? On peut se demander si les conditions de sécurité et le contrôle des nuisances telles qu’elles sont décrites dans le dossier soumis à agrément – puisqu’il s’agit d’une installation classée soumise à déclaration – sont correctement évaluées, anticipées et respectées. Il est extrêmement difficile de rentrer dans les débats techniques, mais on sait par exemple que sur un site où il y a eu des problèmes d’incendie, les pompiers ont créé une zone de sécurité de 200 mètres autour du site, ce qui inclut dans le cas du projet de La Ferté Milon un nombre important d’habitations et de populations qui ne sont pas prises en compte réglementairement dans le dossier. Et dans tous les cas, il reste néanmoins 2 problèmes majeurs : les odeurs (en plus des déchets d’endives, il y aura par exemple 1500 tonnes de pulpe de betterave stockées en plein air) d’autant plus préoccupantes que les vents dominants – soufflant du sud-ouest – pousseront les odeurs vers les habitations – et le bruit (70dB en permanence et 60dB toute la nuit, avec la distance cela devrait d’après les porteurs de projet aboutir à 42dB). Le 3ème problème structurel est celui de la circulation des camions. Il faudra quelques milliers de camions pour faire transiter les 24.000 tonnes de matières (déchets puis digestat) qui entreront et sortiront de l’unité – les 12000 tonnes de déchets d’endives n’entrant pas dans ce calcul puisqu’elles viendront du site lui même . Ce problème ne concerne pas seulement les riverains immédiats, il touchera aussi bien les populations qui sont incommodées par le trafic déjà très intense à La Ferté Milon et les collectivités locales qui ont à entretenir ce réseau mis à mal par la circulation. Enfin le dernier problème majeur pour les riverains est celui du préjudice qu’entraine sur le plan de la valorisation immobilière une installation industrielle qui repousse les acheteurs potentiels de logements situés à proximité de ce type d’installations. L’émoi est grand dans la population et les riverains les plus proches sont partagés entre consternation et colère. Tous ceux qui le souhaitent peuvent réagir au projet consultable en ligne sur le site de la préfecture de l’Aisne en participant jusqu’au 20 mars à la consultation soit à la mairie de La Ferté Milon soit en envoyant leurs réactions à l’adresse ddt-participation-public-icpe@aisne.gouv.fr. Il est aussi possible de signer la pétition et l’envoyer à l’adresse du collectif qui transmettra au collectif des riverains.

Questionnaires du grand débat

Il est de multiples domaines scientifiques ou plus largement universitaires où l’analyse de la formulation des questionnements et de son influence sur les réponses que celle-ci induit fait partie de la formation de base. Le parcours rapide du questionnaire du chapitre « fiscalité et dépenses publiques » du « Grand débat » laisse quelque peu perplexe. On ne peut pas imaginer que les rédacteurs de ce questionnaire n’ont pas suivi une de ces formations. Alors comment interpréter l’intitulé de la première question : « Afin de réduire le déficit du service public de la France qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout : … » ? Est-ce qu’une telle formulation ne serait pas une manière de fermer le débat ou plus encore de l’enfermer ? Et que dire des solutions qui sont proposées au choix citoyen à partir de cette question :  « réduire la dépense publique », « augmenter les impôts », « faire les deux en  même temps », « je ne sais pas »? Comment peut-on poser sans la moindre réserve intellectuelle quant à leur validité des formulations comme  « la dépense publique », « les impôts » ? Et ça continue sur le même registre : « afin de baisser les impôts et réduire la dette, quelles dépenses publiques faut-il réduire en priorité? Les dépenses de l’état? les dépenses sociales? les dépenses des collectivités territoriales? je ne sais pas ? » Il manque juste « je ne choisis pas parce que je suis de mauvaise foi et de mauvaise volonté ? » mais c’est parce que ça a échappé au rédacteur dans un moment de distraction… Des rumeurs évoquent un possible « référendum à questions multiples », est-ce que ce QCM du grand débat ne servirait pas de sondage rapide, de tour de chauffe en vue de ce possible référendum et de la formulation de ses questions ? Le pire n’est jamais sûr ? est-ce si sûr ?

Grand débat ou pas…

Faut-il se saisir de l’opportunité du grand débat? On pourrait poser la question a contrario et se demander s’il faut refuser de débattre. Est-ce qu’adopter une telle attitude, ce n’est pas une façon de refuser le dialogue, de renoncer à une chance de faire avancer les choses, voire préférer la violence, refuser de se salir les mains en risquant d’aller vers des compromis, des demies mesures. Et si comme souvent, c’était cette alternative même qui était piégeuse. Et s’il fallait en sortir? Ne pas considérer que le seul choix est de participer ou de ne pas participer. Une voix s’élève pour donner des arguments pertinents à ce refus du piège, celle de Bruno Latour.

Dans un formidable article de Reporterre, il développe une voie qui serait à saisir. L’urgence n’est pas celle d’un grand débat. Dans le  meilleur des cas, celui-ci va s’apparenter à une sorte de sous « sondage » puisque celui-ci ne respectera même pas les statistiques comme le font les instituts. Et ce n’est pas le bon destinataire : « Comment l’État peut-il répondre à 600.000 opinions ? Il ne fera que choisir deux ou trois trucs et se modifiera à la marge. Ce n’est pas à l’État qu’il faut s’adresser. » Il faut que la société civile s’adresse à elle-même et établisse l’équivalent toutes choses égales par ailleurs de ce que furent les cahiers de doléance à la veille de la Révolution de 1789. L’article démonte très finement les raisons pour lesquelles cette perspective s’impose. Nous ne le répéterons pas en plus mal, nous y renvoyons plutôt. Mais cela dessine des tâches possibles dans la description de ce qui est ce dont chacun a besoin concrètement, localement. Le fait que cette parole et ce projet surgissent à un moment où la société bouge renouvelle la perspective des « colibris » qui pouvait être critiquée dans la mesure où elle faisait implicitement l’impasse sur la nécessité de faire aussi bouger les choses en s’attaquant en même temps à un niveau global.

Projection du film « C’est pas fini » à Château Thierry

Beaucoup d’entre nous se souviennent de la mobilisation qui a eu lieu ces dernières années contre l’exploitation du pétrole de schiste alors que l’état avait octroyé au pétrolier  Toréador le permis de recherche et d’exploitation de Château-Thierry.
Anne de Galzain, réalisatrice, s’installe dans la région en août 2013. Elle découvre cette mobilisation et rejoint le Collectif du Pays Fertois et décide de « se battre caméra à la main ». Elle enregistre au fil des mois des moments de cette lutte. Elle décide d’en faire un film et réalise quelques interviews de membres du collectif qui en éclairent l’histoire. Aujourd’hui le film est terminé. Il s’intitule  « C’est pas fini » et retrace l’histoire de cette résistance : l’installation d’une plateforme à Jouarre en Seine-et-Marne sur le permis de Château-Thierry par le pétrolier américain Hess Oil, au lendemain des grandes manifestations qui ont conduit à la loi Jacob empêchant toute exploitation des gaz et pétrole de schiste en France, la création du collectif, le bras de fer entre celui-ci, les autorités françaises et le pétrolier, l’activité incessante des membres du collectif pour déjouer les pièges administratifs et juridiques et finalement la manière dont il va gagner contre le pétrolier.
« C’est pas fini » sera projeté au cinéma de Château-Thierry le dimanche 27 janvier à 18h30.
Anne de Galzain le présentera et la projection sera suivie d’une rencontre autour d’un pot.
Allons-y nombreux.

Pétition pour sauver la forêt

Pour la forêt française, notre bien commun

« La planète Terre n’a pas besoin d’émissions de CO2 supplémentaires. Elle a besoin de résilience et de forêts qui la refroidissent. » C’est en ces termes que le 25 septembre 2017, 190 scientifiques de la communauté internationale ont interpellé les responsables de l’Union Européenne, posant ainsi en termes clairs l’enjeu vital pour la biosphère d’une gestion forestière réellement durable.

La forêt n’est pas un objet de spéculation financière de court terme !

C’est le rempart de nos enfants face à une crise écologique et climatique qui s’emballe. C’est l’eau potable, la biodiversité et la résilience, l’épuration de l’air, le stockage d’une partie du carbone en excès dans l’atmosphère et la possibilité d’en stocker dans le bois matériau. C’est aussi notre lieu de connexion avec la Nature. Renoncer à tous ces bienfaits serait pure folie. C’est pourtant ce qui se profile en Europe et en France, métropolitaine comme dans les départements ultramarins, avec les incitations croissantes à transformer les forêts pour satisfaire des appétits industriels de court terme non soutenables. Comble du cynisme, ces orientations sont présentées depuis le Grenelle de l’environnement sous couvert d’écologie.

Les forêts publiques françaises incarnent particulièrement ces enjeux. Bien qu’elles ne représentent que 25% des surfaces forestières de France métropolitaine, elles correspondent aux coeurs historiques des massifs forestiers. Ce sont des surfaces boisées depuis de nombreux siècles, qui concentrent les écosystèmes les plus matures, et ainsi les stocks de biodiversité et de carbone les plus conséquents de tous les écosystèmes.

Le droit forestier français, vanté dans le monde entier comme une préfiguration historique du concept de gestion durable, consacre la forêt comme bien commun. Il prévoit des outils de protection des forêts privées et publiques par les pouvoirs publics.

Pourtant le principal instrument de cette politique, l’Office National des Forêts, subit un véritable détournement de ses missions d’intérêt général. La privatisation en cours de ses activités régaliennes préfigure la disparition de ce service public et une politique forestière au rabais. Ces évolutions actuelles à l’ONF et celles à l’oeuvre dans le privé menacent de tirer vers le bas toutes les « garanties de gestion durable », en forêt publique comme en forêt privée.

La démarche de privatisation de l’Office National des Forêts, et l’industrialisation croissante qui l’accompagne doivent être reconsidérées au regard des multiples enjeux des forêts pour la société d’aujourd’hui (climat, biodiversité, emploi et économie). La notion de bien commun impose par ailleurs que la société civile prenne part aux décisions forestières, et dispose d’un droit de regard sur la gestion des forêts publiques qu’elle reçoit en héritage et doit transmettre à ses enfants.

Nous soussignés, citoyens et représentants d’organisations concernés par le sort de la biosphère, réunis ce 25 octobre 2018 au pied des chênes pluri-centenaires de la Forêt Domaniale de Tronçais, demandons solennellement la convocation d’un grand débat public, que la forêt française mérite aujourd’hui plus que jamais depuis plus d’un siècle.

Mobilisés, vigilants et unis, nous entendons nous rencontrer régulièrement pour débattre des orientations cruciales de la politique forestière, élargir et amplifier la dynamique enclenchée ce jour.

« Le temps des forêts » dimanche 4 novembre à 18h au Cinéma de Villers-Cotterêts

« La forme d’une ville change plus vite hélas/Que le cœur d’un mortel » … Baudelaire écrit de la plus belle façon ce que les hommes ont sans doute toujours vécu : la transformation de la réalité qui les entoure est toujours en avance sur la perception qu’ils en ont. Mais ceci s’est accéléré de manière exponentielle ces dernières décennies.

On pourrait dire en déclinant ces vers et en en faisant un inventaire à la Perec : « La forme d’un village … celle  de la campagne… de la forêt/change plus vite que l’idée que nous en avons ». Ce retard de la conscience sur la transformation du réel, s’il est naturel, est aujourd’hui problématique. Il nous plonge dans une rêverie somnambule où, en dépit de tout, nous croyons que les choses continuent à être ce qu’elles étaient. C’est la source d’une désespérance quand soudain nous constatons que les réalités auxquelles nous sommes le plus attachés ont disparu. Et cela nous désarme nous rendant réticents aux alertes sur l’agriculture intensive qui devraient pourtant bien entamer ce rêve de campagne que nous avions, le glyphosate et autres pesticides font mauvais ménage avec une vision bucolique de la nature. Dans la même perspective, on ne peut que mesurer le recul toujours grandissant dans les villages de la dimension communautaire qu’ils incarnaient dans l’imaginaire et la montée d’une autre réalité, celle d’unités d’habitation plus anonyme, apparentées à des « cités dortoir » et à des banlieues.

La forêt est sans doute une de ces réalités mythiques qui résiste encore. Elle appartient toujours à l’univers des contes et  participe d’une nature sauvage. Le film « Le temps des forêts » vient entamer passablement nos illusions. Le glissement des espaces forestiers vers un statut d’usine à bois y est bien repéré ainsi que bien d’autres transformations qui ne sont que la marque du libéralisme et du productivisme sur cet objet particulier qu’est la forêt. Nous vous invitons à venir nombreux à la projection du film aux Cinémas de Villers-Cotterêts, dimanche 4 novembre à 18h. La projection sera suivie d’un débat.